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Régularisation des Algériens en France : pourquoi votre cas est différent (accord de 1968)
La régularisation d'un ressortissant algérien n'obéit pas au droit commun : le séjour des Algériens en France est régi de manière exhaustive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui prime sur le CESEDA. Conséquence directe : les Algériens sont exclus de la régularisation « métiers en tension » de l'article L. 435-4, mais le préfet conserve un pouvoir discrétionnaire général de régularisation, reconnu par le Conseil d'État, avec délivrance d'un certificat de résidence algérien. Cette page détaille les voies réellement ouvertes, les erreurs à éviter et l'état du débat sur la renégociation de l'accord.
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Pourquoi les Algériens sont-ils exclus de la régularisation métiers en tension ?
Parce que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit « de manière exhaustive » l'entrée, le séjour et l'emploi des Algériens en France : en vertu de la primauté des traités (article 55 de la Constitution), il prime sur le CESEDA. Or l'article L. 435-4 — la régularisation par le travail dans un métier en tension, créée par la loi du 26 janvier 2024 et applicable jusqu'au 31 décembre 2026 — appartient au CESEDA, et l'accord de 1968 ne contient aucune stipulation équivalente. Les ressortissants algériens ne peuvent donc pas l'invoquer, contrairement à la procédure de droit commun ouverte aux autres nationalités.
Cette exclusion n'est pas une interprétation militante : l'instruction interministérielle du 5 février 2024 relative aux métiers en tension rappelle expressément aux préfets que les Algériens ne peuvent pas se prévaloir des articles du CESEDA sur l'admission exceptionnelle au séjour. Une demande déposée sur le fondement de l'article L. 435-4 par un Algérien est vouée au rejet — et, sous la circulaire Retailleau du 23 janvier 2025, un refus s'accompagne en principe d'une OQTF. Le contexte général de la réforme en cours est présenté sur notre page circulaire Nuñez 2026.
Quelles voies de régularisation restent ouvertes aux Algériens ?
Réponse directe : les catégories prévues par l'accord de 1968 lui-même (articles 6, 7 et 7 bis) et, en dehors de ces cas, le pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet. Les principales voies :
- 10 ans de résidence habituelle en France (article 6, alinéa 1) — C'est la grande spécificité algérienne : un Algérien qui prouve 10 ans de résidence habituelle (15 ans si une partie du séjour a été effectuée comme étudiant) reçoit un certificat de résidence d'un an « vie privée et familiale ». Là où le CESEDA n'ouvre, à 10 ans, qu'une saisine de la commission du titre de séjour, l'accord crée une véritable catégorie de délivrance — voir notre page régularisation après 10 ans de présence.
- Conjoint de Français (article 6, alinéa 2) — Certificat de résidence d'un an pour le conjoint d'un ressortissant français, sous conditions de communauté de vie et d'entrée régulière — des conditions appréciées différemment du droit commun, d'où l'importance de citer l'accord et non le CESEDA.
- Parent d'enfant français (article 6, alinéa 4) — Certificat d'un an pour le père ou la mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition de contribuer effectivement à son entretien et à son éducation.
- Liens personnels et familiaux (article 6, alinéa 5) — Équivalent conventionnel de la « vie privée et familiale » : liens en France anciens, intenses et stables, appréciés au regard de l'ensemble de la situation. C'est le fondement le plus proche de la voie vie privée et familiale du droit commun.
- Travail salarié : uniquement via le pouvoir discrétionnaire du préfet — L'article 7 de l'accord prévoit un certificat « salarié » pour celui qui entre avec un contrat de travail visé — c'est la voie de l'introduction depuis l'Algérie, pas une voie de régularisation. Un Algérien sans papiers qui travaille ne peut être régularisé « par le travail » que si le préfet le décide discrétionnairement, en dehors de tout texte.
Que prévoit concrètement l'accord de 1968, article par article ?
Réponse directe : l'accord organise ses propres titres — les certificats de résidence d'un an ou de dix ans — qui remplacent les cartes de séjour du CESEDA. Synthèse des fondements utiles à une régularisation :
| Fondement de l'accord | Titre délivré | Conditions essentielles |
|---|---|---|
| Article 6, al. 1 — 10 ans de présence | Certificat de résidence 1 an « vie privée et familiale » | Résidence habituelle de 10 ans (15 ans si séjour étudiant), prouvée année par année |
| Article 6, al. 2 — conjoint de Français | Certificat de résidence 1 an | Mariage avec un(e) Français(e), communauté de vie |
| Article 6, al. 4 — parent d'enfant français | Certificat de résidence 1 an | Enfant français mineur en France, contribution à son entretien et son éducation |
| Article 6, al. 5 — liens personnels et familiaux | Certificat de résidence 1 an | Liens anciens, intenses et stables en France, appréciation globale |
| Article 7 — salarié | Certificat de résidence 1 an « salarié » | Contrat de travail visé par l'administration (voie d'introduction, pas de régularisation de plein droit) |
| Article 7 bis — certificat de 10 ans | Certificat de résidence 10 ans | Ouvert selon la catégorie, notamment après 3 ans de séjour régulier sous certificat d'un an |
Accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié par ses trois avenants (1985, 1994, 2001). Les intitulés exacts figurent dans le texte publié au JORF ; vérifiez votre catégorie avec un avocat avant de déposer.
Comment fonctionne le pouvoir discrétionnaire du préfet pour un Algérien ?
Le Conseil d'État juge de manière constante que les accords bilatéraux n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire, d'apprécier « en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation » (principe affirmé notamment dans la décision du 31 janvier 2014, n° 367306, à propos de l'accord franco-marocain). Concrètement : même sans texte applicable, le préfet peut toujours délivrer un certificat de résidence à un Algérien dont le dossier est solide — ancienneté de présence, travail réel et déclaré, famille, intégration. C'est une faculté, jamais un droit.
Attention au statut des circulaires : le Conseil d'État a jugé (4 février 2015, n° 383267) que les orientations générales d'une circulaire de régularisation — hier la circulaire Valls, aujourd'hui la circulaire Retailleau — ne sont pas invocables devant le juge par les demandeurs. Pour un Algérien, elles ne créent donc aucun droit ; en pratique, les préfectures s'en inspirent néanmoins pour orienter leur pouvoir discrétionnaire (exigences d'intégration, de maîtrise du français, absence de menace à l'ordre public). Un dossier discrétionnaire se construit comme un dossier d'AES exigeant : preuves de présence organisées année par année — méthode détaillée sur notre page justificatifs de présence — et pièces réunies selon les standards du dossier de régularisation en préfecture. En cas d'accord, le titre remis est un certificat de résidence algérien d'un an : la suite du parcours est décrite sur notre page quelle carte après la régularisation.
Quelles erreurs font échouer les dossiers algériens ?
L'accord franco-algérien va-t-il être renégocié ou dénoncé ?
En juillet 2026, l'accord de 1968 reste pleinement en vigueur, mais il fait l'objet d'un débat politique intense. Le 30 octobre 2025, l'Assemblée nationale a adopté — par 185 voix contre 184 — une résolution appelant à dénoncer l'accord ; ce texte est symbolique et sans portée juridique contraignante. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a indiqué le même jour vouloir « renégocier » un accord qui, selon lui, « appartient à une autre époque ». Aucune dénonciation ni renégociation n'a abouti à ce jour : tant que l'accord n'est pas modifié selon les procédures du droit des traités, ses stipulations continuent de s'appliquer intégralement aux ressortissants algériens.
Ce débat rejoint la refonte plus large de la régularisation par le travail : le dispositif L. 435-4 expire le 31 décembre 2026 et une nouvelle circulaire est attendue pour 2027 — sans qu'on sache si elle traitera le cas algérien. Notre guide Algérie suit ces évolutions. Enfin, si vous êtes encore en Algérie, rappelez-vous que la voie légale est le visa salarié avec autorisation de travail : l'accompagnement OuiJob est 100 % gratuit pour le candidat (article L5321-3 du Code du travail), et personne ne peut vous « garantir » une régularisation — la décision appartient au seul préfet.
Questions fréquentes
Pourquoi les Algériens sont-ils exclus de la régularisation métiers en tension ?
Quelles voies de régularisation restent ouvertes aux Algériens ?
Que prévoit concrètement l'accord de 1968 ?
Comment fonctionne le pouvoir discrétionnaire du préfet pour un Algérien ?
Quelles erreurs font échouer les dossiers algériens ?
L'accord franco-algérien va-t-il être renégocié ou dénoncé ?
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Sources & transparence
- Accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié (troisième avenant, décret n° 2002-1500) — Légifrance — Texte de l'accord relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens : certificats de résidence, articles 6, 7 et 7 bis(vérifié le 12/07/2026)
- Instruction du 5 février 2024 relative à l'admission au séjour dans les métiers en tension — Légifrance — Inapplicabilité de l'AES du CESEDA aux ressortissants algériens ; maintien du pouvoir général d'appréciation des préfets(vérifié le 12/07/2026)
- Conseil d'État, section, 4 février 2015, n° 383267 — Légifrance — Les orientations générales d'une circulaire de régularisation ne sont pas invocables devant le juge ; le préfet apprécie chaque situation dans son pouvoir discrétionnaire(vérifié le 12/07/2026)
- Conseil d'État, 31 janvier 2014, n° 367306 — Légifrance — Un accord bilatéral n'interdit pas au préfet d'apprécier, dans son pouvoir discrétionnaire, l'opportunité d'une mesure de régularisation(vérifié le 12/07/2026)
- Franceinfo — Qu'est-ce que l'accord franco-algérien de 1968, que Sébastien Lecornu veut renégocier ? — Résolution de l'Assemblée nationale du 30 octobre 2025 (185 voix contre 184, sans portée juridique) et position du Premier ministre sur la renégociation(vérifié le 12/07/2026)
Page mise à jour le 12 juillet 2026 — relue par Maître Crudo, Avocat au barreau d'Aix-en-Provence. Pour toute évolution réglementaire postérieure, vérifiez les sources primaires officielles.