Pilier France · OuiJob

Régularisation d'un Tunisien en France : ce que permettent vraiment les accords de 1988 et 2008

La régularisation d'un ressortissant tunisien est encadrée par deux textes bilatéraux : l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, dont l'article 3 réserve le titre « salarié » à la voie du contrat visé, et l'accord-cadre de gestion concertée des migrations du 28 avril 2008, qui y ajoute une liste de métiers ouverts aux Tunisiens. Conséquence, fixée par le Conseil d'État (avis du 2 mars 2012, n° 355208) : un Tunisien ne peut pas invoquer directement l'admission exceptionnelle au séjour « salarié » du CESEDA, mais le préfet conserve son pouvoir discrétionnaire de régularisation — que l'instruction du 5 février 2024 l'invite à exercer selon les critères des métiers en tension. Détail des voies réelles.

Créer mon compte gratuit

100 % gratuit pour le candidat — article L5321-3 du Code du travail.

Un Tunisien sans papiers peut-il être régularisé par le travail ?

Oui, mais jamais comme un droit : uniquement par la voie du pouvoir discrétionnaire du préfet. Dans son avis du 2 mars 2012 (n° 355208), le Conseil d'État a jugé que, l'article 3 de l'accord franco-tunisien de 1988 prévoyant déjà la délivrance de titres de séjour pour une activité salariée, un Tunisien « ne peut utilement invoquer » l'admission exceptionnelle au séjour du CESEDA pour obtenir un titre salarié. Le même avis précise que les stipulations de l'accord « n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour » à un Tunisien qui n'en remplit pas les conditions, au vu de l'ensemble de sa situation personnelle.

Depuis, l'instruction interministérielle du 5 février 2024 a explicitement organisé cette passerelle pour le dispositif métiers en tension de l'article L. 435-4 du CESEDA : les préfets peuvent délivrer aux ressortissants tunisiens une carte « salarié » ou « travailleur temporaire » en mobilisant leur pouvoir d'appréciation, selon la grille commune — 3 ans de résidence ininterrompue, 12 mois d'activité salariée sur les 24 derniers mois, métier et région inscrits sur l'arrêté du 21 mai 2025. Un cuisinier tunisien à Lyon ou un ouvrier agricole dans le Vaucluse est donc examiné comme les autres nationalités, mais avec une double couche discrétionnaire ; le cadre général et ses évolutions sont suivis sur notre page circulaire Nuñez 2026.

Que couvrent exactement les accords franco-tunisiens de 1988 et 2008 ?

Réponse directe : l'accord de 1988 organise le séjour salarié et renvoie au droit commun pour le reste ; le protocole de 2008 facilite l'accès au titre « salarié » via une liste de métiers. Texte par texte :

TexteCe qu'il prévoitEffet sur une régularisation
Accord du 17 mars 1988, article 3Titre de séjour « salarié » d'un an, renouvelable, sur contrat de travail viséBloque l'AES « salarié » du CESEDA (avis CE du 2 mars 2012) : la voie travail passe par le pouvoir discrétionnaire du préfet
Accord du 17 mars 1988, article 11Renvoi à la législation nationale pour tous les points non traités par l'accordMaintient les Tunisiens dans le droit commun pour la vie privée et familiale et les motifs humanitaires (L. 435-1)
Accord-cadre du 28 avril 2008 et son protocole, annexe IListe de métiers ouverts aux Tunisiens (77 métiers dans le décompte usuel) sans opposabilité de la situation de l'emploiFacilite l'introduction avec contrat visé depuis la Tunisie ; ce n'est pas un droit à régularisation sur place
CESEDA (droit commun résiduel)Admission exceptionnelle au séjour : L. 435-1 (vie privée et familiale, humanitaire), circulaire Retailleau du 23 janvier 2025Applicable aux Tunisiens sur les points non couverts : 7 ans de présence pour la vie privée et familiale, commission après 10 ans

L'articulation entre accords bilatéraux et CESEDA évolue au fil de la jurisprudence administrative : faites vérifier le fondement de votre demande par un avocat en droit des étrangers.

La liste de métiers de l'accord de 2008 sert-elle à la régularisation ?

Non, pas directement : l'annexe I du protocole de 2008 s'applique à l'introduction de travailleurs — un Tunisien encore en Tunisie, muni d'un contrat visé dans l'un des métiers listés, obtient son titre « salarié » sans que l'administration puisse lui opposer la situation de l'emploi. Pour une personne déjà en France sans titre, cette liste ne crée aucun droit à régularisation. La liste qui compte pour la voie travail sur place est celle de l'arrêté du 21 mai 2025 (article L. 414-13 du CESEDA), déclinée région par région — vérifiez votre métier sur notre page liste des métiers en tension pour la régularisation.

La liste de 2008 garde cependant une utilité pratique dans un dossier discrétionnaire : montrer que votre métier figure à la fois sur l'annexe I et sur l'arrêté de 2025 renforce l'argument selon lequel votre emploi répond à un besoin durable de l'économie française. C'est le cas de nombreux postes de la restauration et de la cuisine ou de l'agriculture, secteurs où les Tunisiens sont nombreux. Pensez aussi aux autres voies, indépendantes du travail : vie privée et familiale (7 ans de présence exigés par la circulaire Retailleau) et 10 ans de présence avec saisine de la commission du titre de séjour.

Quelles étapes pour régulariser un Tunisien en 2026 ?

Réponse directe : cinq étapes, de l'audit du dossier au dépôt en préfecture, en visant le bon fondement dès le départ. Dans l'ordre :

  1. Auditez votre situation sur les deux tableauxVoie travail (3 ans de présence + 12 mois de salariat sur 24 dans un métier en tension) ou voie familiale et humanitaire du L. 435-1 : le choix du fondement conditionne toute la suite, y compris la manière dont le préfet exercera son pouvoir discrétionnaire — le panorama complet est sur notre page admission exceptionnelle au séjour.
  2. Constituez la preuve de présence année par annéeOrdonnances, scolarité, factures, transferts d'argent : chaque année doit être couverte sans trou de plusieurs mois — méthode détaillée sur notre page justificatifs de 3 ans de présence.
  3. Réunissez les preuves d'activité salariéeBulletins de paie, contrats, certificats de travail et virements bancaires sur les 24 derniers mois. Depuis la loi du 26 janvier 2024, le dépôt se fait sans accord de l'employeur : le salarié agit seul.
  4. Montez le dossier au format attendu par votre préfecturePièces d'identité, preuve du niveau de français par diplôme ou certification agréée, engagement à respecter les principes de la République : la check-list complète figure sur notre page dossier de régularisation en préfecture.
  5. Déposez, puis préparez l'après-décisionInstruction de plusieurs mois, décision discrétionnaire : en cas d'accord, carte « salarié », « travailleur temporaire » ou « vie privée et familiale » d'un an — le parcours suivant (renouvellement, carte pluriannuelle) est décrit sur notre page quelle carte après la régularisation.

Quels risques pour un Tunisien en cas de refus ?

Quelle voie légale depuis la Tunisie ?

Si vous êtes encore à Tunis, Sfax ou Sousse, la régularisation ne vous concerne pas : elle suppose une présence de plusieurs années en France, sans droit au travail entre-temps. La voie sûre est celle que les accords de 1988 et 2008 organisent précisément : un contrat de travail visé — facilité si votre métier figure sur l'annexe I du protocole de 2008 ou sur la liste des métiers en tension — puis un visa de long séjour « salarié ». La procédure complète, de l'offre d'emploi au passage par l'ANETI et les services consulaires, est détaillée sur notre page visa de travail France pour Tunisien et dans notre guide Tunisie.

OuiJob connecte les candidats tunisiens à des employeurs français qui recrutent dans les métiers en tension et vous accompagne à chaque étape du visa salarié : ce service est 100 % gratuit pour le candidat (article L5321-3 du Code du travail). Et si vous venez d'obtenir votre titre après une régularisation, un profil candidat gratuit sur OuiJob vous aide à décrocher un emploi stable — l'atout décisif pour le renouvellement. Fuyez en revanche toute officine qui vend une « régularisation garantie » : seul le préfet décide, et personne ne peut acheter sa décision.

Questions fréquentes

Un Tunisien sans papiers peut-il être régularisé par le travail ?
Oui, à titre discrétionnaire : l'avis du Conseil d'État du 2 mars 2012 (n° 355208) interdit d'invoquer l'AES « salarié » du CESEDA, mais l'instruction du 5 février 2024 permet aux préfets de délivrer une carte « salarié » ou « travailleur temporaire » selon les critères du L. 435-4 (3 ans de présence, 12 mois de travail sur 24).
Que couvrent les accords franco-tunisiens de 1988 et 2008 ?
L'accord de 1988 organise le titre « salarié » sur contrat visé (article 3) et renvoie au droit commun pour le reste (article 11) ; le protocole de 2008 ajoute une liste de métiers ouverts sans opposabilité de la situation de l'emploi. La vie privée et familiale et l'humanitaire restent régis par le CESEDA.
La liste de métiers de l'accord de 2008 sert-elle à la régularisation ?
Non : elle facilite l'introduction depuis la Tunisie avec un contrat visé. Pour la régularisation sur place, la liste applicable est celle de l'arrêté du 21 mai 2025. Figurer sur les deux listes reste toutefois un argument utile dans un dossier soumis au pouvoir discrétionnaire du préfet.
Quelles étapes pour régulariser un Tunisien en 2026 ?
Cinq étapes : choisir le fondement (travail ou L. 435-1), prouver la présence année par année, réunir 12 mois de preuves salariales sur 24 mois, monter le dossier avec justificatif de français certifié, puis déposer en préfecture — sans accord de l'employeur depuis la loi du 26 janvier 2024.
Quels risques en cas de refus ?
Depuis la circulaire Retailleau du 23 janvier 2025, le refus s'accompagne en principe d'une OQTF, qui bloque toute nouvelle demande pendant 3 ans. Les admissions AES ont chuté de 42 % sous ce texte : ne déposez qu'un dossier solide et faites-le évaluer par un avocat au préalable.
Quelle voie légale depuis la Tunisie ?
Le contrat de travail visé puis le visa de long séjour « salarié », facilités par la liste de métiers du protocole de 2008. OuiJob accompagne gratuitement les candidats tunisiens dans cette procédure, conformément à l'article L5321-3 du Code du travail, sans jamais promettre de régularisation.

Sources & transparence

Page mise à jour le 12 juillet 2026 — relue par Maître Crudo, Avocat au barreau d'Aix-en-Provence. Pour toute évolution réglementaire postérieure, vérifiez les sources primaires officielles.