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Circulaires Valls, Retailleau, Nuñez : le comparatif critère par critère (2012-2026)

Trois textes ministériels structurent la régularisation des sans-papiers depuis 2012 : la circulaire Valls du 28 novembre 2012 (NOR INTK1229185C), cadre de l'admission exceptionnelle au séjour pendant 12 ans ; la circulaire Retailleau du 23 janvier 2025 (NOR INTK2435521J), qui l'a abrogée et durcie ; et l'instruction Nuñez du 5 avril 2026 (NOR INTK2608979J), qui ne porte que sur les délais de traitement. Ce comparatif met les trois textes côte à côte, critère par critère — ancienneté, preuves d'activité, rôle de l'employeur, langue, conséquences d'un refus — et rejoue un même cas concret sous chaque régime pour mesurer ce qui a réellement changé.

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Pourquoi comparer les circulaires Valls, Retailleau et Nuñez ?

Réponse directe : parce que la plupart des refus évitables viennent d'un dossier préparé selon un texte qui ne s'applique plus. Beaucoup de demandeurs — et certains accompagnants — raisonnent encore avec les barèmes Valls (« 5 ans de présence et 8 fiches de paie ») alors que cette circulaire est abrogée depuis le 23 janvier 2025. À l'inverse, certains croient que « la circulaire Nuñez » a rouvert la régularisation : c'est faux, l'instruction du 5 avril 2026 organise les préfectures (objectif de délai de 55 jours, attestation API jusqu'à 12 mois), elle ne fixe aucun critère de régularisation — la circulaire régularisation annoncée pour 2027 n'est pas publiée, comme l'explique notre page nouvelle circulaire régularisation.

Un exemple pour fixer les idées, que nous suivrons tout au long de la page : Samir, cuisinier arrivé en France en septembre 2021, salarié déclaré depuis mars 2024 dans un restaurant lyonnais. Sous Valls, son cas se serait joué sur un barème de fiches de paie et la signature de son patron. Sous Retailleau, sa voie « vie privée et familiale » est fermée (7 ans de présence exigés) mais la voie légale « métiers en tension » de l'article L. 435-4 du CESEDA lui reste ouverte jusqu'au 31 décembre 2026. L'instruction Nuñez, elle, ne change rien à son éligibilité — elle borne seulement le temps d'attente une fois le dossier déposé. Trois textes, trois logiques : les confondre coûte des mois, parfois une OQTF.

Quelles différences entre Valls, Retailleau et Nuñez, critère par critère ?

Réponse directe : Valls fixait des barèmes de régularisation souples appuyés sur l'employeur, Retailleau a durci tous les curseurs et systématisé l'OQTF après refus, Nuñez ne traite que des délais d'instruction. Le tableau complet :

CritèreValls (28 nov. 2012)Retailleau (23 janv. 2025)Nuñez (5 avril 2026)
Objet du texteCritères d'admission exceptionnelle au séjour (AES) : famille, travail, jeunesCritères AES durcis ; abroge Valls ; en vigueur en juillet 2026Délais de traitement des titres, API, organisation des préfectures — aucun critère de régularisation
Ancienneté de présence (voie famille / VPF)5 ans de présence habituelle en règle générale7 ans de présence ; à 10 ans, saisine de la commission du titre de séjourSans objet
Preuve d'activité (voie travail)Barèmes : 8 fiches de paie sur les 24 derniers mois (5 ans de présence) ou 30 mois d'activité sur 5 ans ; 24 mois dont 8 dans les 12 derniers (3 ans de présence) ; 12 mois sur 3 ans (7 ans de présence)Renvoi au dispositif légal L. 435-4 : 12 mois d'activité sur les 24 derniers mois dans un métier en tension, 3 ans de résidenceSans objet
Rôle de l'employeurCentral : formulaire Cerfa rempli et signé par l'employeur, promesse d'embauche ou contratAucun accord requis pour le L. 435-4 : le salarié dépose seulIndirect : vérification de l'autorisation de travail, contrôles proportionnés (cartes « talent », salariés détachés)
Exigence de langueMaîtrise orale élémentaire du françaisDiplôme français ou certification linguistique d'un organisme agrééSans objet
Ordre publicAbsence de menace à l'ordre public appréciée au cas par casExclusion explicite : menace à l'ordre public, polygamie, OQTF prononcée dans les 3 années précédentes (irrecevabilité, article L. 432-1-1 du CESEDA)Contrôles limités à l'ordre public pour certaines cartes en renouvellement
Conséquence d'un refusPas de consigne systématique d'éloignementLes préfets doivent en principe prononcer une OQTF après refusSans objet (le texte ne traite pas des décisions de fond)
Statut en juillet 2026Abrogée depuis le 23 janvier 2025En vigueurEn vigueur (instruction d'organisation, non créatrice de droits)

Aucune circulaire ne crée de droit à la régularisation : l'AES reste une décision discrétionnaire du préfet, quel que soit le texte applicable.

Que prévoyait la circulaire Valls de 2012 ?

Réponse directe : un système de barèmes gradués où plus la présence était longue, moins il fallait de mois de travail. Concrètement, pour la voie « travail » : avec 5 ans de présence, 8 fiches de paie sur les 24 derniers mois ou 30 mois d'activité sur les 5 dernières années ; avec seulement 3 ans de présence, 24 mois d'activité dont 8 dans les 12 derniers mois ; avec 7 ans de présence, 12 mois d'activité sur les 3 dernières années suffisaient, sans contrat en cours exigé au dépôt. Des grilles spécifiques existaient pour l'intérim (12 SMIC mensuels sur 2 ans, 910 heures minimum) et les employés à domicile.

La clé de voûte était l'employeur : le dossier reposait sur un formulaire Cerfa signé par lui, ce qui donnait à un patron le pouvoir de bloquer — ou de monnayer — la régularisation de son salarié. C'est cette dépendance que la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 a brisée en créant le dépôt sans accord de l'employeur, détaillé sur notre page se régulariser sans l'accord de son employeur. Sur la langue, Valls se contentait d'un oral élémentaire, apprécié en entretien. Notre Samir de 2021 n'aurait rien pu déposer sous Valls avant 2024-2026 selon la voie : les barèmes exigeaient une ancienneté qu'il n'avait pas — preuve que la nostalgie de Valls mérite d'être nuancée, dossier par dossier, avec les fiches de paie comme pièce reine hier comme aujourd'hui.

Qu'a changé la circulaire Retailleau de 2025 ?

Réponse directe : tout, sauf la loi. La circulaire du 23 janvier 2025 abroge Valls et resserre chaque curseur de l'AES « vie privée et familiale » : 7 ans de présence au lieu de 5, français attesté par un diplôme ou une certification d'organisme agréé au lieu de l'oral élémentaire, engagement à respecter les principes de la République, exclusion en cas de polygamie ou de menace à l'ordre public, irrecevabilité si une OQTF a été prononcée dans les 3 années précédentes — et consigne donnée aux préfets de prononcer une OQTF en cas de refus. Le détail article par article est sur notre page conditions de la circulaire Retailleau.

Les effets se mesurent : −42 % d'admissions exceptionnelles au séjour sur les 9 premiers mois d'application, 1 655 titres « métiers en tension » délivrés en 2025, et environ la moitié des dossiers déposés non instruits. Mais — point décisif que beaucoup ratent — une circulaire ne peut pas abroger une loi : l'article L. 435-4 du CESEDA, créé par la loi du 26 janvier 2024, reste applicable jusqu'au 31 décembre 2026. Pour Samir (4 ans et 10 mois de présence, 28 mois de salaires dont 24 consécutifs, cuisinier — métier listé dans de nombreuses régions par l'arrêté du 21 mai 2025), la voie régularisation par le travail reste donc ouverte, indépendamment des 7 ans de Retailleau. C'est l'articulation loi/circulaire qui décide de son sort, pas le dernier texte médiatisé.

Que change l'instruction Nuñez de 2026 ?

Réponse directe : rien sur les critères, beaucoup sur l'attente. L'instruction du 5 avril 2026 part d'un constat chiffré — 930 000 dossiers en attente, 117 jours de délai moyen en 2025 — et fixe un objectif de 55 jours, avec +500 agents en préfecture (environ +20 %), 2 M€ de crédits, la fin de l'attribution aléatoire des dossiers et un ANEF modernisé (biométrie valable 10 ans). Surtout, elle systématise l'attestation de prolongation d'instruction (API), valable jusqu'à 12 mois, qui maintient droit au travail, droits sociaux, soins et voyages pendant l'instruction — un changement très concret pour quiconque attend un renouvellement de titre de séjour.

Pour un employeur, ce texte a une portée directe : moins de ruptures de droits chez les salariés étrangers en renouvellement, et des contrôles « proportionnés » pour certaines cartes (talent, salarié détaché) limités à l'ordre public. Les obligations de vérification de l'employeur, elles, demeurent — notre guide employeur et régularisation métiers en tension fait le point. Et pour qui espère une réouverture des critères : c'est l'objet de la circulaire annoncée pour 2027, pas de ce texte-ci. Tous les développements sont centralisés sur le hub circulaire Nuñez 2026.

Quel texte s'applique à votre situation aujourd'hui ?

Réponse directe : en juillet 2026, votre dossier relève soit de la loi (L. 435-4, jusqu'au 31 décembre 2026), soit de la circulaire Retailleau (AES famille et autres motifs), soit d'un accord bilatéral — jamais de Valls, abrogée. Repérez votre cas :

  1. Vous travaillez dans un métier en tension : article L. 435-4 du CESEDA3 ans de résidence, 12 mois de salaires sur les 24 derniers mois, métier et région sur l'arrêté du 21 mai 2025 : la voie légale expire le 31 décembre 2026 — le rétroplanning est sur notre page déposer avant le 31 décembre 2026.
  2. Votre dossier est familial ou humanitaire : circulaire Retailleau + L. 435-17 ans de présence pour la voie vie privée et familiale, français certifié (voir le niveau de français exigé), aucune OQTF dans les 3 dernières années. L'ensemble des fondements est expliqué sur la page admission exceptionnelle au séjour.
  3. Vous êtes algérien : accord franco-algérien du 27 décembre 1968Régime exhaustif qui prime sur le CESEDA et exclut le L. 435-4 ; reste le pouvoir discrétionnaire général du préfet, détaillé sur notre page régularisation des Algériens.
  4. Vous avez reçu une OQTF ou un refus : régime contentieuxUne OQTF de moins de 3 ans rend la demande AES irrecevable ; un refus récent se conteste dans des délais stricts. Commencez par OQTF et régularisation et consultez un avocat en droit des étrangers.
  5. Vous êtes déjà en situation régulière : visez l'emploi déclaréTitre en poche ou en renouvellement, votre meilleur levier est un CDI ou CDD déclaré dans un métier en tension : créez votre profil candidat OuiJob — l'accompagnement est 100 % gratuit pour le candidat (article L5321-3 du Code du travail), sans aucune promesse de régularisation.

Questions fréquentes

Pourquoi comparer les circulaires Valls, Retailleau et Nuñez ?
Parce que les refus évitables viennent souvent d'un dossier préparé selon un texte périmé : Valls est abrogée depuis le 23 janvier 2025, Retailleau fixe les critères actuels, et l'instruction Nuñez du 5 avril 2026 ne traite que des délais — elle n'a rouvert aucune voie de régularisation.
Quelles sont les principales différences entre les trois textes ?
Valls : barèmes souples (5 ans + 8 fiches de paie sur 24 mois) et Cerfa employeur obligatoire. Retailleau : 7 ans pour la voie familiale, français certifié, OQTF de principe après refus. Nuñez : objectif 55 jours d'instruction et API jusqu'à 12 mois, sans toucher aux critères de fond.
Que prévoyait la circulaire Valls de 2012 ?
Des barèmes gradués pour la voie travail : 8 fiches de paie sur 24 mois avec 5 ans de présence (ou 30 mois sur 5 ans), 24 mois d'activité dont 8 récents avec 3 ans de présence, 12 mois sur 3 ans avec 7 ans de présence — le tout adossé à un formulaire Cerfa signé par l'employeur.
Qu'a changé la circulaire Retailleau de 2025 ?
Elle abroge Valls et durcit tout : 7 ans de présence pour la voie familiale, certification de français, exclusions ordre public et polygamie, irrecevabilité après OQTF de moins de 3 ans, OQTF de principe après refus. Résultat mesuré : −42 % d'admissions et 1 655 titres métiers en tension en 2025.
Que change l'instruction Nuñez de 2026 ?
Uniquement l'organisation : objectif de délai moyen de 55 jours (contre 117 en 2025), API systématisée jusqu'à 12 mois, +500 agents, ANEF modernisé, fin de l'attribution aléatoire des dossiers. Aucun critère de régularisation n'est modifié : la circulaire annoncée pour 2027 n'est pas publiée.
Quel texte s'applique à votre situation aujourd'hui ?
Travail en métier en tension : article L. 435-4 du CESEDA jusqu'au 31 décembre 2026. Dossier familial ou humanitaire : circulaire Retailleau et L. 435-1. Ressortissants algériens : accord de 1968, qui exclut le L. 435-4. Dans tous les cas, la décision reste discrétionnaire et appartient au préfet.

Sources & transparence

Page mise à jour le 12 juillet 2026 — relue par Maître Crudo, Avocat au barreau d'Aix-en-Provence. Pour toute évolution réglementaire postérieure, vérifiez les sources primaires officielles.