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Admission exceptionnelle au séjour (AES) : les 4 voies de régularisation expliquées en 2026

L'admission exceptionnelle au séjour (AES) est la procédure de régularisation prévue par les articles L. 435-1 à L. 435-4 du CESEDA : elle permet à un étranger en situation irrégulière, déjà présent en France, d'obtenir une carte de séjour d'un an par décision discrétionnaire du préfet. Quatre fondements coexistent : motifs humanitaires et vie privée et familiale (L. 435-1), activité solidaire en organisme d'accueil (L. 435-2), jeune confié à l'aide sociale à l'enfance (L. 435-3) et métiers en tension (L. 435-4). Ce guide compare les quatre voies, leurs conditions exactes et la procédure, dans le cadre fixé par la circulaire Retailleau du 23 janvier 2025.

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Qu'est-ce que l'admission exceptionnelle au séjour ?

L'AES est une procédure dérogatoire : elle s'adresse aux personnes qui ne remplissent pas les conditions d'un titre de séjour de plein droit, et sa délivrance n'est jamais automatique. Le préfet apprécie chaque dossier au cas par cas, en vertu de son pouvoir discrétionnaire — aucun critère rempli ne crée un droit au titre. C'est la différence fondamentale avec, par exemple, le visa salarié demandé depuis l'étranger, qui obéit à des conditions objectives.

Le cadre d'examen actuel est fixé par la circulaire Retailleau du 23 janvier 2025 (NOR INTK2435521J), qui a abrogé la circulaire Valls de 2012 après douze ans d'application. Elle durcit les critères : 7 ans de présence pour la voie « vie privée et familiale » (contre 5 sous Valls), français attesté par un diplôme ou une certification, engagement à respecter les principes de la République. Le détail figure sur notre page conditions de la circulaire Retailleau, et la chronologie complète Valls-Retailleau-Nuñez sur le hub circulaire Nuñez 2026.

Quelles sont les quatre voies d'AES prévues par le CESEDA ?

Réponse directe : quatre articles du CESEDA fondent l'AES, chacun avec son public, ses conditions et son titre. Le tableau compare les quatre fondements en vigueur en 2026.

FondementPublic viséConditions clésTitre délivré
L. 435-1 (humanitaire / vie privée et familiale)Étranger justifiant de motifs exceptionnels ou humanitaires, ou d'attaches familiales fortes en France7 ans de présence exigés par la circulaire Retailleau pour la voie familiale ; à partir de 10 ans de présence habituelle, le refus ne peut être prononcé sans consulter la commission du titre de séjourCarte « vie privée et familiale », « salarié » ou « travailleur temporaire », 1 an
L. 435-2 (activité solidaire)Personne accueillie par un organisme d'accueil communautaire et d'activité solidaire (OACAS, type communautés Emmaüs)3 années d'activité ininterrompue au sein de l'organisme, caractère réel et sérieux de l'activité, perspectives d'intégration attestées par l'organismeCarte « salarié », « travailleur temporaire » ou « vie privée et familiale », 1 an
L. 435-3 (jeune confié à l'ASE)Jeune confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre 16 et 18 ansFormation professionnelle qualifiante suivie depuis au moins 6 mois ; demande dans l'année qui suit le 18e anniversaire ; liens avec la famille au pays et avis de la structure d'accueil examinésCarte « salarié » ou « travailleur temporaire », 1 an
L. 435-4 (métiers en tension)Salarié en situation irrégulière exerçant un métier en tension3 ans de résidence ininterrompue, 12 mois d'activité salariée sur les 24 derniers mois, métier et région inscrits dans l'arrêté du 21 mai 2025 ; dispositif expérimental jusqu'au 31 décembre 2026Carte « travailleur temporaire » (CDD) ou « salarié » (CDI), 1 an

Articles L. 435-1 à L. 435-4 du CESEDA. Dans tous les cas, la délivrance relève du pouvoir discrétionnaire du préfet.

Qui peut invoquer les voies méconnues L. 435-2 et L. 435-3 ?

L'article L. 435-2 vise les personnes accueillies par un organisme d'accueil communautaire et d'activité solidaire (OACAS), c'est-à-dire un organisme mentionné à l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles — le cas typique est celui des compagnons des communautés Emmaüs. Trois conditions cumulatives : justifier de 3 années d'activité ininterrompue au sein de l'organisme, du caractère réel et sérieux de cette activité (attestations de présence, relevés de contribution) et de perspectives d'intégration, appréciées notamment via un rapport de l'organisme sur le niveau de langue, les compétences acquises et le projet professionnel. Particularité favorable : la condition de visa de long séjour de l'article L. 412-1 n'est pas opposable.

L'article L. 435-3 concerne le jeune étranger confié à l'aide sociale à l'enfance (ASE) ou à un tiers digne de confiance entre 16 et 18 ans. Il doit justifier suivre depuis au moins 6 mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, et déposer sa demande dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire — passé son 19e anniversaire, ce fondement est fermé. Le préfet examine le caractère réel et sérieux du suivi de la formation, la nature des liens du jeune avec sa famille restée au pays et l'avis de la structure d'accueil sur son insertion. Notre page dédiée à la régularisation des jeunes majeurs sortis de l'ASE détaille les pièces et la jurisprudence utile.

Quelles conditions communes la circulaire Retailleau impose-t-elle ?

Réponse directe : quel que soit le fondement, la circulaire du 23 janvier 2025 impose un socle commun de cinq exigences, appliqué par toutes les préfectures depuis son entrée en vigueur.

  1. Maîtrise du français attestéeUn diplôme français ou une certification linguistique délivrée par un organisme agréé est exigé — la simple aisance orale admise sous Valls ne suffit plus. Nos conseils pratiques figurent sur la page niveau de français pour la régularisation.
  2. Engagement à respecter les principes de la RépubliqueUn engagement signé est joint au dossier ; son refus bloque la demande.
  3. Absence de menace à l'ordre publicLe préfet vérifie les antécédents ; une menace à l'ordre public exclut l'admission, quel que soit le fondement.
  4. Exclusion en cas de polygamieLa situation de polygamie constitue un motif d'exclusion systématique.
  5. Pas d'OQTF prononcée dans les 3 années précédentesUne obligation de quitter le territoire français récente rend la demande irrecevable (référence citée par les avocats : article L. 432-1-1 du CESEDA). Voir notre analyse OQTF et régularisation.

Comment se déroule une demande d'AES en pratique ?

La demande se dépose auprès de la préfecture du domicile, selon des modalités qui varient : guichet sur rendez-vous, téléservice (ANEF ou démarches simplifiées) ou courrier recommandé. Le dossier réunit quatre blocs — identité, preuve de présence, preuve d'activité ou d'attaches, intégration — détaillés dans notre check-list du dossier de régularisation en préfecture. Pour la voie travail, les justificatifs clés sont les fiches de paie (12 mois sur 24) et les preuves de 3 ans de présence.

L'instruction prend couramment de 4 à 12 mois. L'instruction Nuñez du 5 avril 2026 (NOR INTK2608979J) impose aux préfectures un objectif de 55 jours de délai moyen (contre 117 jours constatés en 2025) et systématise l'attestation de prolongation d'instruction (API), valable jusqu'à 12 mois, qui maintient le droit au travail et les droits sociaux pendant l'attente — notre page attestation API explique comment l'obtenir, et l'analyse complète des délais figure sur circulaire Nuñez et délais des titres. En cas d'accord, le titre d'un an ouvre un parcours de renouvellement décrit sur la page carte de séjour après régularisation.

Que disent les chiffres de l'AES en 2026 ?

Les statistiques traduisent un net resserrement. Sur les 9 premiers mois d'application de la circulaire Retailleau, les admissions exceptionnelles au séjour ont reculé de 42 %. Le dispositif métiers en tension n'a produit que 1 655 titres en 2025, et environ la moitié des dossiers déposés n'ont pas été instruits par les préfectures. En toile de fond, l'instruction Nuñez évoque 930 000 dossiers d'étrangers en attente de traitement, tous titres confondus. Ces chiffres rappellent qu'un dossier d'AES doit être complet et solide dès le dépôt : la voie la plus balisée reste la régularisation par le travail, à condition de vérifier son métier sur la liste des métiers en tension ouvrant la régularisation.

Le paysage peut encore évoluer : depuis mai-juin 2026, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez et le ministère du Travail consultent partenaires sociaux et patronat sur un assouplissement (listes élargies, critères revus, pérennisation). Mais la nouvelle circulaire régularisation attendue pour 2027 n'est pas publiée : seul le droit actuel est certain, et l'article L. 435-4 expire au 31 décembre 2026 — d'où l'intérêt d'un dépôt avant le 31 décembre 2026 pour les dossiers éligibles. Côté employeurs, le mode d'emploi figure sur notre guide régularisation métiers en tension côté employeur.

Un refus d'AES entraîne-t-il une OQTF ?

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'admission exceptionnelle au séjour ?
C'est la procédure de régularisation des articles L. 435-1 à L. 435-4 du CESEDA : un étranger en situation irrégulière présent en France peut obtenir une carte de séjour d'un an. La délivrance relève du pouvoir discrétionnaire du préfet — remplir les critères ne crée aucun droit automatique.
Quelles sont les quatre voies d'AES prévues par le CESEDA ?
L. 435-1 (motifs humanitaires ou vie privée et familiale, 7 ans de présence exigés par la circulaire Retailleau), L. 435-2 (3 ans d'activité solidaire en OACAS), L. 435-3 (jeune confié à l'ASE entre 16 et 18 ans, en formation qualifiante) et L. 435-4 (métiers en tension, jusqu'au 31 décembre 2026).
Qui peut invoquer les articles L. 435-2 et L. 435-3 ?
L. 435-2 : la personne accueillie en organisme d'accueil communautaire et d'activité solidaire (type Emmaüs) justifiant de 3 années d'activité ininterrompue, réelle et sérieuse. L. 435-3 : le jeune confié à l'ASE entre 16 et 18 ans, en formation qualifiante depuis 6 mois, qui dépose dans l'année de ses 18 ans.
Quelles conditions communes la circulaire Retailleau impose-t-elle ?
Cinq exigences transversales : français attesté par diplôme ou certification agréée, engagement à respecter les principes de la République, absence de menace à l'ordre public, exclusion en cas de polygamie, et irrecevabilité si une OQTF a été prononcée dans les 3 années précédentes.
Comment se déroule une demande d'AES en pratique ?
Dépôt en préfecture (guichet, téléservice ou courrier selon les départements), instruction de 4 à 12 mois en pratique — l'instruction Nuñez du 5 avril 2026 fixe un objectif de 55 jours et systématise l'attestation API valable jusqu'à 12 mois — puis décision discrétionnaire du préfet.
Que disent les chiffres de l'AES en 2026 ?
Baisse de 42 % des admissions sur les 9 premiers mois de la circulaire Retailleau, 1 655 titres métiers en tension délivrés en 2025, environ la moitié des dossiers non instruits, et 930 000 dossiers en attente selon l'instruction Nuñez : un dossier complet et solide dès le dépôt est indispensable.
Un refus d'AES entraîne-t-il une OQTF ?
En principe oui : la circulaire Retailleau demande aux préfets d'assortir les refus d'une obligation de quitter le territoire. D'où l'importance de faire vérifier son dossier avant dépôt et, en cas de refus, de saisir le tribunal administratif dans les délais stricts de recours.

Sources & transparence

Page mise à jour le 12 juillet 2026 — relue par Maître Crudo, Avocat au barreau d'Aix-en-Provence. Pour toute évolution réglementaire postérieure, vérifiez les sources primaires officielles.